La Fête Barbare (Angkor)

L’étoile du soir se lève sur les grandes tours d’Angkor Vat. C’est l’heure enchantée en ces contrées, quand le brasier du soleil s’est éteint et que la rosée malsaine de la nuit couve encore. Du ciel mauve et rose, le soir s’apprête à tomber et avec lui le silence. La forêt se fige en une inquiétante chape immobile. L’ombre envahit les hauts linceuls de verdure alentour, où bientôt, telles des lucioles, vont s’ouvrir les yeux des bêtes de la nuit. Seules les tours brillent encore, incandescentes comme des braises vives, frappées par les éclairs de feu du couchant en une ultime étreinte.

L’appel assourdi d’un gong secoue la torpeur. De partout ils arrivent, à la lumière vacillante des torches, pour longer les douves en longues files indiennes, tels de monstrueux serpents lumineux qui pénètrent dans Angkor Thom, la cité royale. La sombre muraille d’enceinte laisse deviner une grande effervescence. Ils entrent par la porte sud, gardée par de féroces serpents de pierre à neuf têtes et surmontée d’une monstrueuse tête de Bouddha à quatre faces tournées vers les quatre points cardinaux dont les regards vides glacent le sang. Il y a là des dignitaires sur leurs palanquins à brocarts d’or, accompagnés selon leur rang d’un nombre plus ou moins grand de porteurs de parasols pourpre; des brahmanes lettrés de la cour, des moines bouddhistes drapés dans des étoffes ocre, des adorateurs de Çiva, des centaines de jeunes filles aux cheveux fleuris, des éléphants somptueusement peints et décorés et tout un petit peuple en sarong aux pieds nus.

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Ce soir de pleine lune, la dixième de l’année, la fête est royale. La foule chamarrée se masse en face de la terrasse aux éléphants, devant le palais royal, où une estrade ruisselante de lanternes et de torchères en argent, de fleurs et de soieries a été dressée pour plus de 1000 personnes…
Des vibrations musicales scandées par les gongs se mêlent aux chants rauques et aux barrissements aigus des éléphants pour se répercuter dans la jungle en un écho sonnant comme une mélopée. Soudain les flammes des torches et des lanternes s’affolent dans la brise du soir et l’assemblée frémit d’un long frisson. Le roi est apparu. Le roi dieu, le roi soleil dont on dit que pour le bien du royaume, dans la haute tour d’or de son palais il s’unit chaque nuit avec un génie, un naga à neuf têtes qui lui apparaît sous la forme d’une femme. Ce n’est qu’après qu’il peut honorer les siennes. En grand cortège, le roi est sorti de son palais, comme à l’accoutumée, debout sur son éléphant blanc, brandissant son épée d’or.

Il est de haute taille, les épaules larges, un grand nez éclairé par de beaux yeux droits aux sourcils bien dessinés et des moustaches fines qui ombragent des lèvres épaisses et sensuelles. Il porte un diadème d’or et une guirlande de jasmin enroulée à son chignon et des rangées d’énormes perles autour du cou. Aux poignets, aux chevilles, aux bras et aux mains, scintillent des bracelets et des bagues en or, toutes serties d’œils-de-chat. Il a une allure folle. Ses femmes aussi d’ailleurs, qui suivent, hiératiques, dans des palanquins d’or ombragés de parasols blancs. Elles sont coiffées de chignons compliqués et leur poitrine découverte ornée de bijoux est d’une blancheur de jade, car elles ne voient jamais le soleil. Le souverain et sa suite se sont installés sur l’estrade. Derrière, une multitude de princesses, de suivantes, de serviteurs, de musiciens, des centaines de personnes accroupies sur des nattes. Des drapés blancs, des chignons croulant sous les fleurs, des bras et des seins nus ornés de bijoux.

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