Le Monde Englouti (Le Tonlé Sap)

Entre le feutre vert des rives, la remontée de la rivière Sangker est bucolique à souhait. De jolis jardins pleurant les jasmins dans les roseaux, des bambous luxuriants secouant leur torpeur dans la brise chaude et des poules d’eau placides. Soudain, un coup de fusil claque, puis un autre. Mon jeune guide Bunath se fige. Fixe la rive avec des yeux de bête traquée. Plus rien. Plus que le bourdonnement entêtant du moteur et le clapotis de l’eau. Un peu gêné il s’excuse : au Cambodge la vie ne vaut pas cher 200 US dollars pour une personnalité en vue et à peine 20 US dollars pour quelqu’un d’ordinaire. Les années de violence ont laissé en héritage 250000 armes à feu parmi les civils, dont moins de 25 % sont enregistrées. Puis, comme si il me soupçonnait de penser qu’il fut un de ces enfants dénaturés par les Khmers rouges, il commence sa terrible histoire. Il avait 8 ans en 1978 quand ils ont tué son père devant lui. Puis ils ont ouvert le ventre de sa mère pour le remplir d’herbes et le recoudre. Elle n’a dû son salut qu’à leur ami le docteur du village. Ils ont ensuite fait creuser un grand trou dans le jardin pour y ensevelir la mère et ses enfants. Elle a supplié et leurs a donné tous ses bijoux, ce qui les a sauvés. Mais la maison a été détruite. Lui et son frère ont été envoyés aux champs de riz. Quand son frère affamé a volé une canne à sucre, il a eu les jambes brisées à coups de battes de bambou. Tout ça parce que ses parents étaient des intellectuels aisés, professeurs tous les deux. La litanie s’arrête. J’ai rencontré Bunath il y a une heure. Leur besoin de parler défie l’entendement.

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Une étrange musique cristalline flotte dans la brise tiède, semblant venir de partout et de nulle part. Puis, au détour d’un déhanchement de la rivière elle se concrétise. Tel un monstrueux serpent ivre ondoyant sur l’eau bleue. Une invraisemblable procession de barques chamarrées qui chacune mord la queue de l’autre dans un tintamarre assourdissant. Les frêles embarcations, ornées de fanions et de banderoles, sont chargées à couler d’une foule très excitée et en tenue de soirée. Sous des ombrelles multicolores les femmes en sampot* ont les lèvres peintes et des écharpes de soie sur leurs corsets brodés, les hommes en chemises blanches sont éclatants. Un grand bateau scintillant, décoré avec ce luxe de dorures, de sculptures, de couleurs que seul l’Orient sait déployer brille dans la flottille comme un cygne au milieu d’une troupe de canards. À son bord des dignitaires aux airs de princes sont assis à côté de glacières en grande tenue que j’avais pris a priori pour des robes de mariée.
Le mois de novembre est celui des fêtes bouddhistes. Dans tout le pays des processions en grande pompe sont organisées pour porter des cadeaux aux moines, et ainsi acquérir des mérites, soit un peu plus de bonne fortune dans la prochaine réincarnation.

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